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Skrillex : L’homme qui a redéfini la basse

▶ 5:32 Temps de lecture

Le 15 janvier 2026, Sonny John Moore fêtera ses 38 ans. Pour son anniversaire, il sort sans aucune annonce une EP de trois titres. Presque pas de batterie. Aucun « drop » au sens classique. L’homme qui, en 2011, a submergé le monde avec la basse la plus agressive de l’histoire de la musique, crée désormais des morceaux qui chuchotent. Voici l’histoire de Skrillex. Et elle est bien plus folle que n’importe lequel de ses drops.

DROP

  • 9 Grammy Awards. Plus que tout autre artiste électronique dans l’histoire.
  • Du chanteur de post-hardcore (From First to Last) à l’architecte du dubstep en moins de trois ans.
  • 2025 : un album de 34 titres comme déconstruction radicale de soi-même. 2026 : une EP intitulée Kora, presque sans batterie.
  • OWSLA : son label, nommé d’après le clan dirigeant du roman Watership Down de Richard Adams.

 

Le gamin punk de Los Angeles

Avant qu’il n’y ait Skrillex, il y avait Sonny Moore. Un adolescent de Los Angeles qui, à 16 ans, devint chanteur principal d’un groupe de post-hardcore. Ce groupe s’appelait From First to Last, et Moore y hurlait jusqu’à en perdre la voix. Il enregistra deux albums avec eux : Dear Diary, My Teen Angst Has a Bodycount et Heroine. Puis il partit.

Ce qui suivit changea l’histoire de la musique. Moore se retira, commença à produire de la musique électronique et publia, en 2010, quelques titres sur MySpace sous le pseudonyme de Skrillex. L’EP s’intitulait My Name Is Skrillex. Et c’était la fin du chanteur punk – et la naissance de l’architecte de la basse.

 

Scary Monsters et trois Grammys en une seule nuit

Scary Monsters and Nice Sprites sortit fin 2010. Un titre qui changea tout. Les basses « wobble » étaient si agressives, si intransigeantes, si différentes de tout ce qui avait existé auparavant dans la musique électronique qu’elles divisèrent toute une génération. Certains les détestaient. D’autres venaient enfin de trouver le son que leur corps recherchait depuis toujours.

Aux Grammy Awards 2012, Skrillex remporta trois récompenses en une seule soirée : Meilleur album dance/électronique, Meilleur enregistrement dance et Meilleur remix. L’année suivante, il répéta cet exploit. Aucun autre artiste électronique n’a jamais remporté autant de Grammys. Neuf au total, dont le dernier en 2024 pour le titre collaboratif « Rumble », aux côtés de Fred Again.. et Flowdan.

Silhouette d'un DJ lors d'un concert de musique électronique avec néons

9 Grammys
Record électronique
38 ans
Né le 15.01.1988
OWSLA
Son propre label depuis 2011

Sources : Grammy.com, Billboard

 

OWSLA et l’empire qui se cache derrière

Le 17 août 2011, Skrillex fonda son propre label : OWSLA. Le nom provient du roman de Richard Adams Watership Down et désigne la classe dominante au sein d’une société de lapins. Ce n’était pas un hasard. Skrillex voulait créer un label qui écrive les règles, plutôt que de les suivre.

OWSLA devint le foyer de producteurs tels que Valentino Khan, What So Not, Getter et Hundred Waters. Puis vint Jack Ü, le projet mené avec Diplo. « Where Are Ü Now », en collaboration avec Justin Bieber, remporta un Grammy et prouva que Skrillex maîtrisait non seulement la basse, mais aussi la pop – dès lors qu’il le souhaitait.

Le moment le plus dangereux pour un artiste est celui où tout le monde aime son son. C’est alors qu’il doit le détruire.

 

2025 : L’explosion

En avril 2025, Skrillex publia un album dont le titre disait tout : « F*CK U SKRILLEX YOU THINK UR ANDY WARHOL BUT UR NOT!! ». Trente-quatre titres. Aucun style clair. Du drum and bass côtoyant de l’ambient, du gabber mêlé à de l’R&B. Une déclaration de rupture avec tout ce qu’on attendait de lui. Les plateformes de streaming ne savaient même pas dans quelle catégorie le classer.

Cet album fut son dernier sous contrat avec Atlantic Records. Et il en avait tout l’air : une démolition contrôlée. Skrillex avait publié trente-quatre titres afin que personne ne puisse plus jamais définir « son son ». Mission accomplie.

 

Kora : Le calme après la tempête

Et puis, le 15 janvier 2026, la EP Kora. Trois titres. Des collaborations avec Siiickbrain, Varg2™ et Eurohead. Presque pas de batterie. Des textures à la place des drops. C’est le contraire absolu de tout ce pour quoi Skrillex est connu. Et c’est précisément pour cela qu’elle est si importante.

Car elle montre que Skrillex a compris ce que beaucoup de producteurs ne saisiront jamais : votre son n’appartient pas à vos fans. Il vous appartient. Et vous avez le droit de le brûler à tout moment pour en construire un nouveau. Comme dans les meilleurs albums, il ne s’agit pas de ce que veulent les gens, mais de ce dont l’artiste a besoin.

 

OWSLA : Le label qui a façonné une scène

 

Le 17 août 2011, Skrillex fonda OWSLA, nommé d’après la caste guerrière du roman de Richard Adams Watership Down. Le label devint le foyer d’une génération entière de producteurs électroniques. Zedd, Dillon Francis, Porter Robinson, What So Not, Flume y publièrent leurs premiers travaux.

Ce qui rendait ce label particulier : ce n’était pas un label de dubstep. C’était un label « tout est permis ». Du trap au future bass, du moombahton à l’électronica expérimentale. La folie générique de Skrillex se reflétait dans sa philosophie éditoriale. Le seul filtre : est-ce bon ? Est-ce nouveau ? Alors, sortez-le.

OWSLA devint également un phénomène culturel. Ligne de vêtements propre, événements, réseau dépassant largement le cadre musical. Pour de nombreux producteurs qui remplissent aujourd’hui des stades, OWSLA fut leur premier contrat. Leur premier accord de synchronisation. Leur première programmation sur un festival. Skrillex n’a pas seulement bâti sa propre carrière. Il a créé l’infrastructure dans laquelle d’autres ont pu s’épanouir.

 

Jack Ü, Where Are Ü Now et le moment pop

 

En 2015, Skrillex fit quelque chose que personne n’attendait : il réalisa un album pop. Jack Ü, son projet avec Diplo, sortit un album fusionnant musique dance et courant dominant. Son apogée : « Where Are Ü Now », en featuring avec Justin Bieber. Ce titre remporta le Grammy du Meilleur enregistrement dance et propulsa l’EDM dans toutes les playlists du monde.

Ce morceau possède une histoire. Bieber avait initialement enregistré les parties vocales sous forme de ballade lente. Skrillex et Diplo prirent l’acapella, en augmentèrent la hauteur tonale, y ajoutèrent leur basse typique et transformèrent une ballade mélancolique en un morceau club euphorique. Le résultat semble aléatoire. Ce n’était pas le cas. Il s’agissait de la démonstration parfaite de ce que Skrillex fait le mieux : prendre une matière première brute et la transformer en quelque chose qui n’existait pas auparavant.

Ce que Jack Ü montra aussi : Skrillex n’était jamais le « bro » dubstep que ses détracteurs voulaient voir. Il était, depuis toujours, un « sampler » au sens le plus large du terme. Quelqu’un qui assemble des éléments provenant de sources diverses pour créer quelque chose de nouveau. Post-hardcore, dubstep, pop, trap. Le genre n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est le moment.

 

2024-2026 : Le retour discret

 

Après le monstre de 34 titres « F*CK U SKRILLEX… » (avril 2025), le calme revint. Pas de tournée, pas de singles, pas de campagne sur les réseaux sociaux. À la place : des soirées club. Des sets non annoncés dans de petites salles. Londres, Tokyo, Berlin, Los Angeles. Skrillex dans un club de 500 personnes est une expérience radicalement différente de Skrillex sur une scène de festival devant 50 000 spectateurs.

Ces soirées club révèlent la direction prise. Éloignement de l’EDM stadium, retour vers l’underground. Éloignement des drops conçus pour faire exploser le stade, vers des beats capables de faire transpirer la cave. Avec Peggy Gou et KAYTRANADA, il partage la conviction que les meilleurs moments se vivent dans des espaces restreints.

Son dernier Grammy (2024, « Rumble », avec Fred Again.. et Flowdan) s’inscrit parfaitement dans ce tableau. Un titre qui mêle UK garage, grime et bass music. Aucune tentative mainstream. Un titre underground qui remporte un Grammy. C’est la version idéale de la carrière de Skrillex : suffisamment grande pour décrocher des récompenses, suffisamment affamée pour ne pas en faire son objectif.

Conclusion

Skrillex n’a pas inventé la basse. Mais il l’a imposée dans le grand public et a contribué à façonner un genre qui a influencé toute une génération de producteurs. Neuf Grammys, un label propre, des collaborations avec les plus grands noms de la musique. Et pourtant, c’est le genre d’artiste qui, à 3 heures du matin, mixe dans une cave londonienne comme s’il n’avait rien à perdre. Voilà Skrillex. Intransigeant depuis 2007.

Q&A après le show

Cliquez sur une question pour afficher la réponse.

Combien de Grammys Skrillex a-t-il remportés ?
Neuf. Il est ainsi l’artiste dance/électronique le plus récompensé de l’histoire des Grammys. Son dernier Grammy date de 2024, pour « Rumble », une collaboration avec Fred Again.. et Flowdan.
Qu’est-ce qu’OWSLA ?
Le label personnel de Skrillex, fondé le 17 août 2011. Le nom provient du roman Watership Down de Richard Adams et désigne la classe dirigeante d’une société de lapins. Le label a publié des artistes tels que Valentino Khan, What So Not et Hundred Waters.
Skrillex a-t-il vraiment joué dans un groupe punk ?
Oui. Sous le nom de Sonny Moore, il fut chanteur principal de From First to Last, un groupe de post-hardcore, à partir de 2004. Il enregistra deux albums studio avec eux avant de quitter le groupe en 2007 pour se consacrer à la production de musique électronique.
Qu’est-ce que la EP Kora ?
La surprise de Skrillex sortie le 15 janvier 2026 – son 38e anniversaire. Trois titres avec Siiickbrain, Varg2™, Eurohead et swedm®. Presque pas de batterie, mais des textures et des plans ambient. Une rupture délibérée avec tout ce pour quoi il est connu.

Source de l’image : Pexels / Ezequiel Da Silva

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