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TikTok contre l’industrie musicale : qui contrôle le son ?

▶ 4 min 45 s de lecture

Un clip de 15 secondes peut propulser un morceau au rang de tube mondial. Ou le faire disparaître dans l’oubli. TikTok a bouleversé l’industrie musicale, et la bataille pour le contrôle du son ne cesse de s’intensifier. Celui qui l’emportera décidera de la manière dont vous découvrirez la musique à l’avenir.

DROP

  • Universal Music a retiré tous ses titres de TikTok début 2024 ; un accord n’a été rétabli qu’en mai 2024
  • Selon des rapports sectoriels, TikTok versait aux artistes seulement une fraction de ce que Spotify ou Apple Music paient
  • Avec plus d’un milliard d’utilisateurs actifs dans le monde, TikTok est la plateforme de découverte musicale la plus puissante
  • Musique générée par IA et deepfakes : le nouveau front du conflit sur les licences

 

Le grand black-out : quand UMG a coupé le courant

Le 1er février 2024, TikTok est soudainement devenu plus silencieux. Universal Music Group, le plus grand label musical au monde, a retiré l’intégralité de son catalogue de la plateforme. Taylor Swift, Drake, Billie Eilish, Bad Bunny, la moitié de la bande-son d’une génération ont disparu du jour au lendemain. La raison ? TikTok payait trop peu. Le PDG d’UMG, Lucian Grainge, a qualifié cette rémunération d’« infime fraction » de ce que versent des plateformes comparables.

Trois mois de silence radio. Les créateurs ont dû se rabattre sur des titres inconnus, des sons ont été supprimés, des millions de vidéos ont perdu leur bande-son. Puis, en mai 2024, l’accord est revenu : un nouveau contrat de licence avec une rémunération améliorée, des clauses de protection contre l’IA et de nouvelles possibilités de monétisation. Dans la guerre du streaming, ce moment a révélé à quel point l’équilibre entre labels et plateformes est fragile.

Smartphone avec application musicale
 

Quinze secondes qui font ou défont une carrière

L’ironie ? Malgré tous ces conflits, TikTok reste la plateforme mondiale de découverte musicale la plus puissante. Lil Nas X est devenu une superstar planétaire grâce à « Old Town Road », lancé sur TikTok. Doja Cat doit le succès de « Say So » à une tendance virale de danse. Et Fleetwood Mac a connu un retour fracassant en 2020, parce qu’un jeune homme faisant du skateboard buvait du jus de canneberge au son de « Dreams ».

1 Md+
Utilisateurs de TikTok
15 s
suffisent pour faire un tube
3 mois
Black-out d’UMG

Le problème ? TikTok rend les chansons célèbres, mais rémunère très peu pour cela. Alors que Spotify verse entre 0,003 et 0,005 euro par écoute, les rémunérations de TikTok sont nettement inférieures. Pour les labels, c’est un dilemme : ils ont besoin de TikTok comme machine marketing, mais exigent une rémunération équitable. Spotify lui-même évolue à grande vitesse, mais TikTok demeure le lieu où naissent les tendances.

TikTok a démocratisé l’industrie musicale. Et, en même temps, l’a dévaluée.

 

La musique générée par IA : la prochaine étape de l’escalade

Le nouvel accord entre UMG et TikTok contient une clause révélatrice de la direction prise par le secteur : la protection contre l’IA. TikTok s’engage à retirer de sa plateforme toute musique générée par intelligence artificielle non autorisée. Un morceau qui sonne comme Drake, mais écrit par une IA ? Il sera supprimé. Cela semble simple, mais c’est techniquement et juridiquement un véritable champ de mines.

En 2023, un morceau généré par IA dans le style de Drake et The Weeknd est devenu viral avant d’être retiré de toutes les plateformes. Le titre « Heart On My Sleeve » a accumulé des millions de streams avant qu’on ne réalise qu’aucun être humain n’y avait participé. Des cas comme celui-ci obligent l’industrie à établir des règles pour une technologie qui progresse plus vite que toute régulation. L’histoire de la musique montre que chaque révolution technologique crée à la fois des gagnants et des perdants.

 

Le black-out d’UMG : trois mois de silence

 

Le 1er février 2024, tous les titres d’Universal Music Group ont disparu de TikTok. Taylor Swift, Drake, Billie Eilish, Bad Bunny, The Weeknd. Du jour au lendemain. Le contrat entre UMG et TikTok était arrivé à échéance, et Universal refusait de le renouveler aux anciennes conditions.

Les revendications étaient claires : une meilleure rémunération par écoute, des clauses de protection contre l’IA, empêchant notamment les outils internes de TikTok d’utiliser les morceaux des artistes à des fins d’entraînement, et une lutte renforcée contre les bots et l’engagement factice. TikTok a refusé. Universal a retiré sa musique. Trois mois de silence.

Pour les créateurs, ce fut un désastre. Des millions de vidéos ont perdu leur bande-son. Les tendances fondées sur des titres d’UMG se sont effondrées. Et TikTok a pris conscience, pour la première fois, de sa dépendance vis-à-vis des majors. Le 1er mai 2024, le nouvel accord est tombé. UMG a obtenu tout ce qu’elle demandait. La leçon était limpide : sans musique, TikTok n’est qu’une application vidéo. Avec de la musique, c’est une machine culturelle. La musique a gagné.

 

Comment TikTok transforme les morceaux en tubes

 

La mécanique est d’une brutalité simpliste. Un utilisateur extrait 15 secondes d’un morceau et y associe une vidéo. Si celle-ci devient virale, des millions de personnes recherchent le morceau sur Spotify ou Apple Music. Le titre grimpe dans les classements. Le label voit les chiffres et investit dans la promotion. Plus de promotion, plus de vidéos TikTok, plus de streams. Une boucle de rétroaction qui s’accélère d’elle-même.

Lil Nas X en a été la première preuve. « Old Town Road » est devenu viral sur TikTok en 2019, bien avant qu’une seule station de radio ne le diffuse. Dix-neuf semaines à la première place du Billboard Hot 100. Un record. Depuis, la liste des tubes nés sur TikTok est interminable : Doja Cat avec « Say So », Olivia Rodrigo avec « drivers license », Shaboozey avec « A Bar Song ».

Ce qui a changé : les morceaux sont désormais écrits pour TikTok. Le « hook » arrive dans les cinq premières secondes. Le moment accrocheur dure exactement 15 secondes. Le pont est raccourci, le pré-refrain disparaît. Certains critiques affirment que cela ruine l’art de la composition. D’autres parlent d’évolution logique. La vérité ? Les deux sont vrais.

 

L’envers du décor : quand la viralité devient un piège

 

Pas tous les tubes TikTok mènent à une carrière durable. En 2020, Fleetwood Mac a atteint la première place des classements de streaming avec « Dreams » (1977), suite à la viralité d’une vidéo de skateboard. Pour Fleetwood Mac, ce fut une agréable surprise. Pour le skateur (Nathan Apodaca), un instant fugace. Pour personne, une carrière.

Le problème ? TikTok rend les morceaux virals, pas les artistes. Les auditeurs connaissent le son, mais pas le nom. Ils streament ce seul titre, puis l’oublient la semaine suivante. Les artistes à un seul tube apparaissent plus vite que jamais. La solution pour les artistes ? Ne pas se contenter de promouvoir le morceau, mais aussi eux-mêmes. Montrer leur personnalité, construire une communauté, rester authentiques. TikTok récompense davantage la cohérence que les tubes isolés.

Ce lien avec les billets de concert plus chers ? Les artistes qui gagnent des fans sur TikTok peuvent les monétiser en direct lors de concerts. Mais seulement si leurs fans franchissent le pas d’un clip de 15 secondes à un concert de 90 minutes. Ce passage, peu nombreux y parviennent.

Conclusion

TikTok n’a pas détruit l’industrie musicale. Il l’a contrainte à s’adapter. Les morceaux sont plus courts, les « hooks » arrivent plus tôt, et un moment viral peut lancer une carrière du jour au lendemain. L’équilibre des pouvoirs a basculé : les labels ont plus besoin de TikTok que TikTok n’a besoin des labels. Pour les artistes, cela signifie de nouvelles opportunités et de nouvelles dépendances. Le son de demain sera décidé sur une application contrôlée par une entreprise chinoise. Que ce soit bon ou mauvais dépend de qui vous interrogez.

Q&A après le show

Les musiciens gagnent-ils bien leur vie grâce à TikTok ?+
Peu directement via les lectures sur TikTok. La rémunération par utilisation y est nettement inférieure à celle versée par Spotify ou Apple Music. La vraie valeur réside dans l’effet marketing : un clip viral sur TikTok peut déclencher des millions d’écoutes sur d’autres plateformes. Pour les artistes inconnus, cela peut changer radicalement leur carrière.
Que deviennent les morceaux générés par IA sur TikTok ?+
Suite au nouvel accord avec UMG, TikTok s’est engagé à retirer de sa plateforme toute musique générée par IA non autorisée. Les morceaux qui imitent, sans autorisation, la voix ou le style d’un artiste doivent être détectés et supprimés. En pratique, la détection reste toutefois lacuneuse.
Existe-t-il des alternatives à TikTok pour la découverte musicale ?+
Instagram Reels et YouTube Shorts tentent de reproduire l’effet TikTok, mais n’atteignent pas le même niveau de viralité. Spotify, avec ses playlists « Discover Weekly » et « Release Radar », excelle dans les recommandations personnalisées. SoundCloud conserve une importance particulière dans la scène underground. Mais pour la viralité pure, aucune alternative ne fait aujourd’hui concurrence à TikTok.

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